Élections apaisées et inclusives en Côte d’Ivoire: Le rôle déterminant des femmes.
En Octobre 2025, les ivoiriens seront invités dans les urnes pour élire le nouveau Président de la République pour les cinq prochaines années.
En vue d’assurer la tenue d’élections apaisées et inclusives, plusieurs initiatives sont menées. Et c’est dans ce cadre que se situe le Forum sur la Gouvernance et la Démocratie en Côte d’Ivoire organisé par la West Africa Democracy Radio en partenariat avec le National Endowment for Democracy (NED). Ledit forum qui s’est tenu le Mercredi 28 Mai 2025 à Abidjan a réuni des voix clés autour du thème : « Consolidation des processus démocratiques – Comment préparer la Côte d’Ivoire à une présidentielle pacifique ».
En tant qu’activiste des droits des femmes, j’ai eu l’honneur d’intervenir au cours du forum sur le thème suivant: » Élections apaisées et inclusives en Côte d’Ivoire: Le rôle déterminant des femmes« .
Dans les lignes qui suivent, je partage avec vous le contenu de mon intervention.

La Côte d’Ivoire entame un nouveau cycle électoral, en prélude à l’élection présidentielle de 2025 et des autres scrutins législatifs et locaux ; ce nouveau cycle a débuté par la Révision de la Liste Électorale. Alors selon le dernier recensement général de la population de 2021, les femmes constituent 47,8% de la population totale (qui est de plus de 29 millions).
Selon le Consortium des Organisations de la Société Civile pour les élections en Côte d’Ivoire (COSCEL-CI) sur la base des données de la liste électorale de 2023, la population électorale est de 8 012 425 inscrits, repartie comme suit:
- Femmes: 3 884 592 (48,48%)
- Hommes: 4 127 833 (51,52%)
- Jeunes (18-34 ans) : 2 336 708 (29,20 % de la population électorale) soit près du tiers de la population électorale.
Au niveau des jeunes élécteurs, on trouve:
- Femmes : 1 045 700 (44,75 %)
- Hommes : 1 291 008 (55,25 %)
Au regard de ces chiffres, la participation des femmes est donc un enjeu crucial pour la consolidation de la démocratie et la stabilité politique. Et en 2025, il est clair que leur implication active dans le processus électoral est essentielle pour garantir une élection apaisée, transparente et inclusive.
Ces dernières décennies, notre pays a connu des élections marquées parfois par des tensions sociopolitiques. Dans ce contexte, une question demeure centrale : « comment faire en sorte que nos élections ne soient pas des moments de tensions ou de division, mais plutôt des moments qui favorisent le renforcement de la cohésion sociale et de l’inclusion.Et surtout, quel rôle jouent et doivent jouer les femmes pour y parvenir ? »
Pour répondre à cette préoccupation, nous allons nous appuyer sur deux aspects à savoir:
- Les femmes comme étant des piliers de la paix et de la cohésion sociale.
- L’inclusion des femmes comme facteur de consolidation de la cohésionsociale et de la paix.

I- Les femmes comme étant des piliers de la paix et de la cohésion sociale
L’implication des femmes dans la consolidation de la paix et la cohésion sociale
L’implication des femmes dans la consolidation de la paix et la cohésion sociale s’explique par deux facteurs clés.
Premièrement, elles constituent près de lamoitié de la population. Et secondo, elles sont les premières victimes des conflits. Elles sont dans de tels contextes, victimes de violations des droits de l’homme.
En Côte d’Ivoire, comme ailleurs en Afrique, les femmes sont les premières à apaiser, à consoler, à reconstruire. Dans nos villages, nos quartiers, nos familles, elles sont les médiatrices naturelles des conflits. Lorsque des tensions surgissent, ce sont souvent elles qui interviennent, avec sagesse, pour préserver la paix. Au-delà de ce rôle traditionnel, les femmes ivoiriennes s’organisent depuis des années à travers des associations, des réseaux et des mouvements citoyens.
A titre d’exemple, nous avons le Réseau des médiatrices de la paix de Côte d’Ivoire qui fait un travail remarquable, forme des femmes à la médiation électorale, à l’alerte précoce et à la prévention des conflits dans les 31 régions de la Côte d’Ivoire. Le Consortium des OSC Féminines de Côte d’Ivoire qui valorise les actions menées par les Organisations de la Société Civile Féminines pour la promotion de la cohésion sociale; et L’ORAF qui forme les femmes à la vie politique.
Les femmes, actrices clés de l’éducation citoyenne.
Une autre facette souvent négligée de l’engagement des femmes, c’est leur rôle dans la mobilisation citoyenne. Que ce soit à travers des ONG, des mouvements communautaires, les réseaux sociaux ou les médias traditionnels, les femmes participent activement à la sensibilisation des électeurs, à la lutte contre la désinformation, à l’appel au calme et à la non-violence.
De plus en plus, des jeunes femmes leaders émergent comme influenceuses, blogueuses ou activistes. Elles utilisent leur voix pour inciter à la participation, surtout des jeunes filles, et pour dire non aux discours haineux. Ces femmes sont des promotrices de la citoyenneté.
Au regard de ce qui précède, il est évident que les femmes ont un rôle décisif à jouer pour des élections inclusives et apaisées. Alors que faire pour renforcer ce rôle ?

II- L’inclusion des femmes comme facteur de consolidation de la cohésion sociale et de la paix
Pour qu’une élection soit inclusive, elle doit donner à chaque citoyenne et à chaque citoyen la possibilité réelle de choisir, de se faire entendre et de se faire élire. Or, les chiffres nous montrent encore un grand déséquilibre. Même si les femmes représentent près de 50 % de la population ivoirienne, leur représentation dans les instances décisionnelles reste marginale. Et cela en dépit malgré l’adoption de la loi sur la représentation des femmes en 2019, qui fixe un quota de 30 %.
Statistiques de la répresentativité des femmes dans les instances de décision en Côte d’Ivoire
- Gouvernement : sur les 32 ministres en place, 6 sont des femmes, ce qui représente 18,75 % de la représentation féminine au sein du gouvernement.
- Parlement : Au niveau du Sénat, 24 femmes sont sénatrices sur les 99 membres du Sénat, correspondant à 24,24 %. Quant aux députés seulement 32 femmes siègent à l’Assemblée nationale sur 254 députés soit 12,60 %.
- Mairies : 25 femmes sont maires sur 201 maires dans les différentes communes, soit 12,44 %.
- Conseils régionaux : Une seule femme préside un conseil régional sur un total de 31. Il s’agit de Madame Véronique Aka Bra, Présidente du conseil régional du Moronou.
Pour que les femmes puissent jouer pleinement leur rôle dans des élections apaisées et inclusives, plusieurs actions sont urgentes :
- Renforcer les capacités et les ressources des organisations de femmes, notamment en zones rurales;
- Assurer la sécurité physique et psychologique des femmes en politique et les actrices de la société civile en sanctionnant toute forme de violence ou d’intimidation;
- Créer des espaces d’échanges intergénérationnels, pour encourager le mentorat entre femmes leaders et jeunes filles ;
- Encourager les médias à valoriser les parcours féminins en politique, pour inspirer et briser les stéréotypes ;
- Et enfin, garantir une application stricte des lois en faveur de la parité (le respect de la loi sur le quota).

Nous ne pouvons pas parler de démocratie sans parler de femmes. Nous ne pouvons pas parler de paix sans reconnaître le rôle que jouent les femmes au quotidien. Et nous ne pourrons pas construire une Côte d’Ivoire véritablement inclusive tant que la moitié de notre population restera en marge des décisions politiques. Impliquer les femmes, ce n’est pas faire plaisir à un genre, c’est renforcer l’avenir de notre Nation.
Je voudrais terminer par cette citation de l’ancienne présidente du Libéria, Ellen Johnson Sirleaf, première femme élue au suffrage universel en Afrique :« Si vos rêves ne vous font pas peur, c’est qu’ils ne sont pas assez grands. »
Aujourd’hui, rêvons grand : rêvons d’une Côte d’Ivoire où les élections ne divisent plus, mais rassemblent. Rêvons d’une Côte d’Ivoire où chaque femme a sa place, sa voix, son pouvoir d’agir.